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"Entre la liberté et l’esclavage, il n’y a pas de compromis." (Patrice LUMUMBA)
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Politique
Luc Bengono Nsi : « Ce n’est pas en deux mois que nous allons réaliser ce que nous n’avons pas pu faire depuis 2006 »
L’ancien candidat à l’élection présidentielle du 30 août dernier réagissait aux menaces de la CAF de nous retirer l’organisation de la CAN 2012. Au cours de ce même entretien, il revient sur le débat sur les indépendances apparentes des pays francophones dont le Gabon, les relations entre le MORENA et la Coalition et se prononce sur la récente déclaration du probable coup d’Etat annoncé par M. André Mba Obame.
Propos recueillis par Aristide Ngonda Lébé.

D’un autre côté, il est difficile d’affirmer que le Gabon soit indépendant, car il n’a pas la maitrise et ne gère pas ses ressources minières. Dans De Gaulle d’Alain Perfitte, Georges Pompidou ne dit-il pas au Général de Gaulle (tous deux anciens Chefs d’Etas français : ndlr) : « Le Gabon n’a pas une économie propre. S’il y a du bois, il est français, le pétrole, il est français, le fer, il est français ». Les gabonais sont déclarés indépendants mais les richesses minières du Gabon appartiennent à la France. Quelle indépendance !
Il est difficile de dire que le Gabon soit indépendant quand les Gabonais continuent d’utiliser comme élément d’échange commercial, la sous monnaie CFA mise en place par le colonisateur pour faciliter les échanges entre la France et ses colonies dont le Gabon, par la liberté totale de transfert entre les colonies et la France, le dépôt de 65% des devises sous forme de réserve à la direction du Trésor français, l’impossibilité de ces pays de commercialiser directement avec d’autres pays sans passer par la France…etc. Les déclarations d’indépendance n’ont rien changé dans le fonctionnement de ce mécanisme colonial qui permet à la France de rester totalement maitresse des économies des pays africains francophones, y compris le Gabon. Quelle indépendance !
L’indépendance sous entend l’exercice de la souveraineté. La présence sur le sol gabonais des bases militaires françaises garantit-elle l’exercice libre et démocratique de cette souveraineté ? Jean Ziegler souligne d’ailleurs dans un de ses livres, intitulé La haine de l’Occident que « l’occupation militaire garantit l’accès direct aux ressources minières et agricoles ». Ce souci de garantir les sources d’approvisionnement des matières premières passe outre, l’exercice des souverainetés de ces néo colonies. Quelle indépendance !
La France a imposé dans ces colonies, la langue française au détriment des langues locales qui ont également besoin de se faire connaître et de se développer. L’utilisation de la langue française tue progressivement les cultures africaines dont les supports sont les langues africaines. Ce souci d’imposer la langue française a conduit au maintien des frontières actuelles qui, logiquement après les indépendances, auraient dû être modifiées pour recomposer des Etats authentiquement africains. Quelle indépendance !
Dans ces conditions, qui peut célébrer les 50 ans de la continuité de l’action coloniale ?
Smith et Glaser ne disent-ils pas dans La France perd l’Afrique que « Dans ce système français, les rapports entre la France et ses possessions, voire plus tard entre l’ex métropole et ses anciennes colonies ne se mueront jamais vraiment en relations inter étatiques, mais resteront toujours des liens intra étatiques si forts qu’ils résisteront même à l’indépendance qui, de ce fait, sera vidée de son sens souverain ».
Il faut également citer ce passage de Jacques Godefrain dans son livre, Afrique notre avenir : « C’est ainsi grâce à ce lien avec l’Afrique, la France ne sera jamais ni le Liechtenstein, ni même l’Allemagne…Nous sommes un pays à part en Europe. Aux Nations Unies, grâce à l’Afrique, nous pesons plus lourds que notre population, notre superficie et notre PIB. L’Afrique est pour nous un levier formidable, petit pays avec une petite force, nous pouvons soulever la planète parce que nous sommes en relation d’amitié et d’intimité avec 15 ou 20 pays africains ».
Smith et Glaser d’ajouter : « Même si cela est exprimé ici plus crument qu’ailleurs, qui nierait que « ce besoin d’Afrique » a longtemps été une partie intégrante et intégrée de la politique, de l’économie et même de la culture française ».
Le Gabon et l’Afrique francophone doivent comprendre que par les mécanismes divers, ils sont toujours maintenus sous domination française et doivent désormais chercher à conquérir leurs indépendances respectives et véritables.
Votre parti a-t-il réellement apporté quelque chose au Gabon pour sa libération totale ?
Le MORENA qui, à sa création le 23 novembre 1981, avait exigé le retour du multipartisme, va participer à certaines concertations avant la tenue de la conférence nationale. C’est le cas de la rencontre du 7 juin 1989 à 21h avec le défunt Chef de L’Etat, Omar Bongo Ondimba et en présence de Paul Mba Abessole, André Mba Obame et Ali Bongo.
De cette rencontre informelle, il en est ressorti que le Gabon devait désormais accéder au multipartisme et pour y parvenir, une commission paritaire PDG-MORENA devait être mise en place. Ce consensus est vite remis en cause avec les discours de Bitam de juillet et du 17 août 1989 dans lesquels le Chef de l’Etat réaffirmait solennellement son refus du multipartisme au Gabon tant qu’il était au pouvoir.
Dans le même ordre d’idées, le colonel français Conan, en service au CEDOC nous affirmait le 6 septembre de la même année que le parti unique avait été imposé au Gabon par l’équipe des Français Delaunay (ambassadeur de France au Gabon après le coup d’Etat de 1964, en provenance du Cameroun: ndlr) et autres qui avaient réprimé la révolution camerounaise et qui ne souhaitaient pas les scènes horribles de ce pays au Gabon. Et le colonel terminait son intervention par la phrase suivante : « Si maintenant vous-mêmes les gabonais, voulez du multipartisme, on vous le donnera ».
La rencontre PDG-MORENA de décembre 1989 qui devait donner naissance à la majorité présidentielle va accoucher d’une souris car une partie de la délégation de notre parti rejettera la proposition. Et c’est après l’échec de ces négociations que le PDG et le Père Paul Abessole vont proposer la création du Rassemblement démocrate et social gabonais (RDSG). Proposition rejetée aussi à la conférence nationale de mars-avril 1990, optant pour le multipartisme intégral.
Même déclarée non souveraine, la conférence nationale a suscitée un réel espoir au niveau du peuple gabonais par le retour au multipartisme, la limitation des mandats présidentiels de 7 à 5ans renouvelables une seule fois, la mise en place des nouvelles Institutions telles que la cour Constitutionnelle, le Sénat, le Conseil national de la Communication.
Mais malheureusement, l’espoir de ce travail sera d’abord ébranlé par la nomination unilatérale par Omar Bongo, du Premier Ministre Casimir Oye Mba, violant le principe de consensus et brisant ainsi le rêve de l’opposition de se voir confier la Primature. Et ce n’est un secret pour personne, de là jusqu’à ce jour, le Gabon n’a jamais connu d’élections libres régulières et transparentes. J’ai même envie de dire que le bulletin de vote a perdu de sa valeur démocratique, malgré le fait que la gestion des élections a été confiée à des structures dites autonomes.
En témoignent les élections législatives de 1990, la présidentielle de 1993 où le président Bongo était crédité de près de 35% mais sera proclamé de 51,18% et celle du 30 août dernier.
Autres exemples. Le CNC, créé pour défendre la liberté de la presse et les intérêts du peuple dans le domaine de la communication est devenu aujourd’hui le premier censeur de tout organe qui ose donner les véritables informations. La Cour Constitutionnelle quant à elle est une émanation pure et simple des membres du PDG et des personnes ayant des relations personnelles avec les dirigeants du pouvoir, foulant aux pieds, comme en ce moment, l’article 89 relatif à la durée de 7 ans, renouvelable une seule fois, de leur mandat.
En résumé, si le multipartisme a conduit à la liberté d’association et une certaine liberté d’expression, il n’a pas permis l’alternance au pouvoir.
Monsieur le Président, il y a quelques jours, un homme politique gabonais entrevoyait un coup d’Etat militaire dans notre pays. Votre appréciation sur cette déclaration.
Je voudrais d’abord dire que je n’ai pas suivi la déclaration de l’homme politique en question. Mais pour notre parti, l’analyse qui peut être faite repose sur quelques interrogations. D’une part, à quelle question de la presse répondait l’homme politique puisqu’il faut tenir compte à la fois du développement antérieur et postérieur de cette déclaration pour mieux saisir son sens.
D’autre part, il est possible qu’au cas où cet homme politique pouvait détenir quelques informations, il ait voulu tirer l’attention du gouvernement gabonais et l’inviter à plus d’efficacité pour résoudre les multiples soucis qui préoccupent le peuple gabonais (Taux de mortalité très élevé, coût de la vie, transfert excessif des capitaux à l’extérieur, absence d’investissement malgré les discours, insalubrité criarde à Libreville, absence de voiries dans toutes les villes du pays, réseau routier calamiteux… etc.).
Enfin, il est possible que l’homme politique en question ait voulu faire un scoop pour occuper la scène pendant qu’il était en France. Ce qui pouvait le positionner aujourd’hui comme une personnalité nationale. Et je pense qu’il a réussi parce qu’à l’époque, le PDG était en congrès et selon certaines informations, cette déclaration serait restée au centre de toutes les conversations à la Cité de la Démocratie et aurait même causé des réaménagements protocolaires imprévus.
Pour le MORENA, le gouvernement est tombé dans le piège car il aurait dû éviter d’amplifier cette information qui semble devenir aujourd’hui un problème d’Etat. Car d’après les quelques éléments en notre possession, l’homme politique aurait dit : « Si la situation du Gabon n’évoluait pas, il y aurait risque de coup d’Etat militaire ». Ce qui ne signifie nécessairement pas qu’un coup d’Etat est en cours de préparation.
En fait, cette réaction du gouvernement est exactement celle de quelqu’un qui doute de lui-même.
Mr le Président, à la suite de l’injonction que la CAF vient de donner au Gabon, la grande majorité de la population pense que la Coupe d’Afrique des Nations va nous échapper.
Le MORENA peut réaffirmer aujourd’hui la déclaration de son candidat à la dernière élection présidentielle. Interrogé le 23 août dernier sur le plateau de la télévision nationale sur le débat concernant l’organisation de la CAN au Gabon, nous avons estimé que l’état d’avancement des différents chantiers ne pouvait pas permettre l’exécution des travaux dans les bonnes conditions et le respect des dates prévues par la CAF.
Nous disions alors qu’il valait mieux demander à la Guinée Equatoriale, si elle pouvait avoir les moyens et le temps, de construire deux autres stades aux deux villes frontalières avec le Gabon et le Cameroun, pour que la CAN ait lieu là-bas. Ainsi, le Gabon pouvait disposer de suffisamment de temps pour réaliser des investissements adéquats et accueillir cette grande compétition dans des délais qui permettraient, entre notre pays et la CAF, de trouver un compromis.
Sans être pessimiste, nous pensons que ce n’est pas en deux mois que nous allons réaliser ce que nous n’avons pas pu faire depuis 2006. Et par conséquent, pour le respect de notre peuple, nous rejetons l’exécution des travaux dans la grande précipitation comme cela risque de se produire à partir de maintenant. Et ceci, sans garantie de qualité et de solidité.
Par ailleurs, nous déplorons aussi quelque peu la complaisance de la CAF qui, devant les incertitudes du Gabon, aurait pu fixer les peuples africains sur cette situation depuis longtemps.
Pouvez-vous nous dire un mot sur les relations actuelles entre le MORENA et la Coalition des groupes et partis politiques pour l’alternance ?
Elles ne souffrent d’aucune entorse. Jusqu’à ce jour, je suis Vice président de la Coalition et à ce titre, je prends part à toutes les réunions de notre regroupement. Mais je confirme ici que le MORENA a décliné son entrée dans l’Union nationale. Il faut préciser d’ailleurs que sur les huit partis de la Coalition, seuls trois ont accepté de fusionner. Il s’agit de l’UGDD, le RNR et le MAD. Les cinq autres partis dont le MORENA, le CDJ, le PGP, le FAR, le MORENA Unioniste ont estimé la proposition de la fusion inopportune ».
Le Peuple : Dans quelques mois, notre pays va célébrer les 50 ans de son indépendance. Quel jugement portez-vous sur cet événement ?
Luc Bengono Nsi : «Le Mouvement de redressement national (MORENA) vous exprime sa reconnaissance pour l’opportunité que vous lui accordez de s’exprimer sur le jubilé de la déclaration d’indépendance du Gabon et des pays africains francophones et sur le multipartisme.
Il est utile de rappeler dès ces premières lignes que le MORENA, dans ses déclarations des 23 novembre 2007 et 17 août 2008, a démontré assez clairement que le Gabon et bien d’autres pays africains francophones ne sont pas réellement indépendants. L’indépendance étant entendue dans le Petit Larousse comme étant « une autonomie politique et la souveraineté nationale ».
Il est difficile d’affirmer aujourd’hui que le Gabon soit indépendant car depuis la proclamation du 17 août 1960, son peuple ne parvient pas à choisir librement ses dirigeants. Après les cas de Léon Mba et Omar Bongo Ondimba, la dernière élection vient de donner la meilleure illustration de cette situation.
M. Luc Bengono Nsi